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Reclassement aide-soignant catégorie B : l’indice avant ne détermine pas toujours l’échelon d’arrivée

Élise Tournebize 9 min de lecture
Reclassement aide soignant catégorie b : nouvelle grille indiciaire

Depuis le 1er janvier 2022, tous les aides-soignants de la fonction publique hospitalière ont quitté la catégorie C pour rejoindre la catégorie B. Ce basculement, issu des accords du Ségur de la santé signés le 13 juillet 2020 et formalisé par le décret n°2021-1257 du 29 septembre 2021, ne s’est pas traduit par une simple translation d’échelon : chaque agent a été repositionné selon une règle précise, avec des conséquences directes sur son indice, son ancienneté conservée et son salaire brut. Voici comment fonctionne ce mécanisme et comment situer votre propre cas.

Pourquoi les aides-soignants sont passés en catégorie B

Avant 2022, les aides-soignants relevaient de la catégorie C, la strate indiciaire la plus basse de la fonction publique. Le Ségur de la santé a acté une revalorisation structurelle du métier, jugée nécessaire après la crise sanitaire, en reconnaissant le niveau de qualification et de responsabilité réel de la profession. Le décret n°2021-1257 du 29 septembre 2021 a créé le nouveau cadre d’emplois des aides-soignants de catégorie B, avec effet au 1er janvier 2022. Ce changement de catégorie s’accompagne d’un changement de logique de carrière : la catégorie B ouvre davantage d’échelons, un indice de départ et de sortie plus élevé, et un accès possible à une classe supérieure par promotion.

Ce passage ne doit pas être confondu avec un passage en catégorie A, réservé aux professions dites intermédiaires ou aux corps infirmiers. Les organisations syndicales ont d’ailleurs souligné que la revalorisation, bien réelle, restait en deçà de leurs revendications initiales, qui visaient une reconnaissance plus proche de la catégorie A pour l’ensemble de la profession.

Comment le reclassement indiciaire a été calculé

La règle de l’indice égal ou immédiatement supérieur

Le principe retenu pour le reclassement est classique dans la fonction publique lors d’un changement de catégorie : chaque agent conserve l’indice qu’il détenait en catégorie C, ou est positionné sur l’échelon de la nouvelle grille B dont l’indice est égal ou immédiatement supérieur à celui qu’il détenait auparavant. Concrètement, si votre indice en catégorie C ne correspond à aucun échelon exact de la nouvelle grille B, vous êtes classé sur l’échelon dont l’indice est le plus proche, par le haut. Cette méthode garantit qu’aucun agent ne subit de perte de rémunération indiciaire au moment du basculement.

Ce qu’il advient de votre ancienneté

Le reclassement s’accompagne d’une règle de conservation partielle de l’ancienneté d’échelon. Lorsque l’indice de reclassement en catégorie B est supérieur à celui détenu en catégorie C, une partie de l’ancienneté acquise dans l’ancien échelon est reportée dans le nouvel échelon, dans la limite de la durée d’échelon prévue par la nouvelle grille. En pratique, deux agents ayant le même nombre d’années de service peuvent se retrouver avec une ancienneté résiduelle légèrement différente dans leur nouvel échelon B, selon l’écart entre leur ancien indice et le nouvel indice d’accueil. Ce report n’efface jamais complètement les années de service : il ajuste seulement le compteur qui déclenche le prochain avancement d’échelon.

Vérifier son propre reclassement

Pour connaître votre échelon d’accueil, il faut partir de votre indice majoré détenu en catégorie C au 31 décembre 2021, puis chercher dans la grille B l’échelon dont l’indice majoré est égal ou immédiatement supérieur. Un agent en fin de grille C, avec un indice majoré proche de 400, se retrouve classé autour du 8e ou 9e échelon de la classe normale B, tandis qu’un agent débutant en catégorie C rejoint généralement les tout premiers échelons de la classe normale B. Votre fiche de paie de janvier 2022 doit afficher ce nouvel échelon : c’est le document de référence à consulter en priorité, avant tout recours au service RH.

La grille indiciaire 2026 des aides-soignants en catégorie B

Classe normale : 12 échelons

La classe normale, qui accueille la majorité des agents reclassés, comporte 12 échelons contre 11 auparavant en catégorie C. L’indice brut y évolue de 372 à 610, et l’indice majoré de 373 à 517, ce qui correspond à des salaires bruts mensuels compris entre 1 836,20 € et 2 544,88 €, sur la base de la valeur du point d’indice de 4,92278 € en vigueur depuis le 1er janvier 2024. La durée de chaque échelon varie selon l’ancienneté, l’avancement restant automatique d’un échelon à l’autre dans cette classe.

Classe supérieure : 11 échelons

La classe supérieure regroupe 11 échelons, avec un indice brut allant de 433 à 655-665 selon l’échelon terminal, et un indice majoré de 387 à 560. Les salaires bruts correspondants s’échelonnent de 1 905,12 € à 2 756,76 €. Contrairement à la classe normale, l’accès à la classe supérieure n’est pas automatique : il se fait par tableau d’avancement, ouvert aux agents ayant atteint le 5e échelon de la classe normale avec au moins un an d’ancienneté à cet échelon, ou justifiant de cinq ans de services effectifs dans un corps paramédical de catégorie B. C’est votre encadrement qui propose votre inscription au tableau, sur la base de votre manière de servir.

Le reclassement secondaire vers le corps infirmier

Un aide-soignant qui obtient son diplôme d’État d’infirmier et rejoint le corps infirmier, classé en catégorie A, bénéficie à son tour d’un reclassement. Ce mouvement s’inscrit dans le plan « Ma Santé 2022 », dont la mesure 40 visait à fluidifier les passerelles entre professions paramédicales, en s’appuyant sur le cadre statutaire posé par le décret n°2020-625 du 26 mai 2020 relatif au statut particulier des infirmiers en soins généraux. À la différence du reclassement C vers B, ce second mouvement ne dispose pas d’un texte unique et actualisé détaillant précisément la règle de calcul de l’échelon d’accueil en catégorie A : les modalités concrètes dépendent souvent de notes de gestion internes aux établissements. Il est donc recommandé, pour ce cas précis, de solliciter directement le service RH ou la DGOS via votre établissement, plutôt que de se fier à une grille générique.

Ce que le reclassement change vraiment sur votre salaire net

Le traitement indiciaire n’est qu’une partie de la fiche de paie

Le passage en catégorie B a également entraîné la création du complément de traitement indiciaire, le CTI Ségur, qui représente 49 points d’indice majoré, soit environ 238 € brut et 183 € net par mois pour un agent à temps plein du secteur public ou du secteur privé non lucratif affilié à la FEHAP. Dans le secteur privé lucratif, ce montant est ramené à environ 160 € net. Ce complément est pérenne et s’ajoute au traitement indiciaire calculé à partir de votre nouvel échelon B, contrairement à une prime ponctuelle qui pourrait être remise en cause chaque année.

Les autres primes à surveiller sur le bulletin

Au traitement indiciaire et au CTI s’ajoutent l’IFSE du régime RIFSEEP, généralement comprise entre 150 et 300 € brut mensuels pour le groupe de fonctions des aides-soignants, ainsi que des primes de sujétion pour le travail de nuit (10,61 € par nuit) ou le travail du dimanche et des jours fériés (46,60 € par jour). Une nouvelle bonification indiciaire spécifique aux soins intensifs, comprise entre 15 et 30 points d’indice, existe depuis 2024 pour les agents affectés sur certains postes. Ces éléments variables expliquent pourquoi deux aides-soignants au même échelon peuvent avoir des salaires nets sensiblement différents.

L’impact sur les cotisations et la future retraite

Le passage en catégorie B modifie aussi l’assiette de cotisation à la CNRACL, la caisse de retraite des agents des collectivités locales et hospitalières. La retenue pour pension civile s’élève à environ 11,10 % du traitement indiciaire et du CTI, contre des cotisations salariales globales de l’ordre de 15 à 17 % à 20-22 % du brut en incluant les autres prélèvements. Comme la pension de la fonction publique se calcule sur les six derniers mois de traitement indiciaire, un échelon d’accueil plus élevé en catégorie B améliore mécaniquement la base de calcul de la retraite future, un effet souvent ignoré des agents concentrés sur leur salaire immédiat.

Une combinaison de paramètres propre à chaque agent

Il est tentant de résumer le reclassement à une seule ligne de calcul, mais chaque situation résulte d’une combinaison de paramètres : votre ancien indice, votre ancienneté résiduelle, votre affectation, vos sujétions de nuit ou de dimanche, votre éventuelle inscription au tableau d’avancement. Ces éléments varient d’un agent à l’autre alors même que deux collègues partagent le même intitulé de poste. Deux aides-soignantes embauchées la même année dans le même établissement peuvent se retrouver sur des échelons différents simplement parce que l’une travaillait à temps partiel avant 2022, ce qui modifie l’assiette de calcul de son indice de départ. Comprendre cette logique de composition, plutôt que de chercher un chiffre unique et universel, permet d’aborder sa fiche de paie avec les bonnes questions à poser au service RH : non pas « quel est le reclassement standard » mais « quelle est la combinaison exacte de paramètres qui a produit mon échelon d’accueil ».

Cas pratiques pour situer votre propre échelon

Un agent ayant 5 ans d’ancienneté en catégorie C au moment du reclassement se retrouve généralement autour du 3e ou 4e échelon de la classe normale B, avec une ancienneté résiduelle réduite mais non nulle. Un agent à 10 ans d’ancienneté rejoint plutôt le 6e ou 7e échelon, tandis qu’un profil confirmé à 15-20 ans de service se positionne autour du 9e ou 10e échelon de la classe normale, voire en classe supérieure s’il avait déjà été inscrit au tableau d’avancement avant la réforme. Ces repères restent indicatifs : seul votre indice majoré exact au 31 décembre 2021, tel qu’il figure sur votre dernière fiche de paie en catégorie C, permet de retrouver votre échelon précis dans la grille B en appliquant la règle de l’indice égal ou immédiatement supérieur.

Le reclassement s’applique aux agents titulaires de la fonction publique hospitalière et territoriale exerçant les fonctions d’aide-soignant. Les agents contractuels, quant à eux, relèvent de règles contractuelles propres à leur employeur et ne bénéficient pas automatiquement de la même mécanique de reclassement indiciaire, même si leur rémunération peut être alignée sur la nouvelle grille par décision de l’établissement. En cas de doute sur votre situation individuelle, votre service RH reste l’interlocuteur habilité à formaliser votre échelon de reclassement et à vous en communiquer l’arrêté correspondant.

Élise Tournebize
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